Trauma et mémoire traumatique
10 avril 2024

Le mot traumatisme est souvent utilisé pour qualifier les incidents de la vie. « Je suis trauma », « elle/il m’a traumatisé(e) », etc. Or si la vie est faîte d’épreuves difficiles, ces épreuves ne font pas pour autant trauma, c’est-à-dire des blessures profondes caractéristiques du traumatisme.  

Alors de quoi parle-t-on ?

Le traumatisme, plus exactement le psychotraumatisme, « se définit comme l’ensemble des troubles psychiques chez une personne ayant vécu un évènement ayant menacé son intégrité physique et/ou psychique » [Docteur Muriel SALMONA psychiatre spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences][1]. L’évènement peut créer une effraction psychique.

On parle de 2 types de trauma

On parle de psychotraumatismes de type I quand l’événement est unique (accident, attentat, incendie, catastrophe naturelle, etc.) et de psychotraumatismes de type II quand l’événement est répété ou durable (maltraitance physique psychique et/ou sexuelle, violences conjugales, etc.).

Une distinction est également faite entre les traumatismes non-intentionnels et les traumatismes intentionnels, ces derniers relevant de l’implication d’un autre humain qui génère un impact plus important par son caractère intentionnel.

On observe 3 types de troubles

Enfant, adolescent ou adulte, les troubles peuvent s’installer soudainement ou progressivement dans les mois, années, voire durant toute une vie en l’absence de prise en charge.

Nous pouvons développer des symptômes comme conséquence directe de cet état : des troubles de stress aigus (TSA), des troubles de l’adaptation (TA) ou des troubles de stress post traumatique (TSPT).

Qui se caractérisent par des troubles de l’humeur, de la personnalité, des conduites déviantes, une anxiété importante, des conduites addictives, un comportement auto-agressif, etc…

Concrètement, quelles conséquences possibles ?

« On a l’âge de son traumatisme » [Marceline Loridan Ivens, cinéaste, déportée à Auschwitz en 1944], c’est-à-dire qu’on redevient enfant ou ado lorsque survient un élément (une odeur, un bruit, le son d’une voix, etc.) qui peut nous « ramener » au trauma.

L’évènement traumatique reste en mémoire, psychologique mais surtout corporelle et émotionnelle. C’est comme si 2 parties continuaient à coexister, l’une continuant à vivre, l’autre étant comme morte, figée dans le souvenir. Par exemple, une insensibilité partielle ou totale peut s’ensuivre sur la partie du corps concernée par le trauma. Le psychisme ne répond plus, donc le corps prend la relève, organisant un symptôme particulier.

Ainsi, tout ce qui peut nous éviter de revivre cette souffrance est employé : la fuite, le retrait en soi, l’évitement, la négation. Les sources de souffrance potentielle sont diminuées, puisque le contact avec l’extérieur est coupé. Cela peut alors entrainer des formes de vie où il existe 2 « moi » : un MOI qui agit en apparence de façon parfaitement normale et intégrée ; un autre MOI « qui ne veut plus rien savoir de la vie » dit S. Ferenczi. « Devant un évènement traumatique, le MOI est débordé. Il ne peut assimiler la quantité d’énergie émotionnelle pour l’élaborer, comme il le fait d’ordinaire. Face à cette incapacité, il développe un mécanisme d’auto-clivage » [2].

Partant de cette analyse, Ferenczi est convaincu qu’il faut aider le patient à revivre le trauma pour permettre à son psychisme de digérer l’évènement, de l’assimiler pour parvenir ensuite à régler la souffrance et continuer à vivre.

Accompagner le trauma en thérapie

Revivre la souffrance est bien sûr ce qu’on cherche à éviter, les symptômes devenant les refuges nécessaires à cet évitement. 

Pourtant, ce qui amène le processus psychique à reprendre mouvement est le fait de revivre l’expérience du trauma en milieu sécurisé dans le cadre thérapeutique. Rassuré, notre psychisme peut accepter cette remémoration, qui va nous soulager.

Dans l’échange thérapeutique, l’émotion peut accompagner la remémoration, grâce à l’écoute, la bienveillance, le soutien, la prévenance du thérapeute. On peut se confier, le trauma est reconnu, considéré. Cette attitude permet au sujet de dépasser ce qui est parfois vécu comme presque pire que l’évènement traumatique vécu : le silence (toujours mortifère), l’incompréhension ou l’indifférence apparente de l’entourage, toujours vécues comme une absence de considération et de protection.

Le travail thérapeutique consiste à réunir ces deux aspects du vécu. A raccorder les faits et les émotions. Le travail consiste aussi à permettre à la personne de pouvoir trouver les ressources et les mouvements de fuite, d’attaque ou de défense qu’elle n’a pas pu faire à l’époque. C’est par le travail psychique et émotionnel que le système nerveux et le système psychique peuvent renouer des relations. Que le corps peut accepter de revivre ses émotions. Pour retrouver notre unité psychique, notre assise et la libre circulation de notre énergie.


[1] Docteur SALMONA M. https://www.memoiretraumatique.org/

[2] FERENCZI S., Le traumatisme, Ed. Petite Biblio Payot, 2006, 176 pages.